SALON D’HIVER – winter groupshow

une exposition collective regrouant les œuvres de

Leah Nehmert
Elias Njima
Sina Oberhänsli
Ismaël Taha

Un monstre derrière tes yeux

Un chat noir au collier doré te regarde depuis le rebord de la fenêtre du premier étage. Tu te souviens soudainement de cette personne qui vomissait des fleurs par sa fenêtre. Tes amix t’aiment.
Mais tu en doutes à peu près tous les matins. Les chevalières ou les guerrières ou les chasseresses sont des fantômes qui te manquent, des carences, comme quand tu doutes de l’amour de tes amix. Tu as peur qu’on t’oublie.
Les vampires de l’hôtel des finances ne t’oublient jamais. Tu dis: on renait au mieux de ses souffrances, pas de ses cendres. Personne n’a entendu. Et ton tél n’a pas vibré.
Le monstre derrière tes yeux voit ces fantômes, et les aime. Ils sont là et te rassurent. Ils sont le peu d’espoir qu’il te reste alors que tu te rends compte que la luminosité des ampoules aussi décline. Toi aussi tu as envie de vomir des fleurs. Parmi les choses que tu aimes, il y a celles que tu ne peux pas toucher. La lune. Des histoires. Et puis, il y a la tienne, qui s’écrit mal, car elle a du mal à s’amorcer. Parce que tes fantômes et tes envies ne peuvent pas faire partie du casting.
Rien n’est très heureux. Alors tu te rallies en tribu, en clan, en horde, parce que c’est fatiguant de faire semblant de ne pas souffrir, de ne pas pouvoir pleurer au restaurant. Tu te réveilles et ça devrait être l’hiver. Les sous-sols de tes pensées sont trop pleins à force d’y stocker les choses qui sont interdites, honteuses.
Tu te réveilles et ça devrait être l’hiver. Tu vois le chat au collier doré sur le mur de ta chambre. Il a l’air indifférent à l’amour. Aujourd’hui, tu peux te payer un croissant à la boulangerie. En chemin, tu te demandes encore si tes amix ne font pas semblant de t’aimer. Si tu ne devrais pas être autrement. C’est la seule chose qui compte en dehors du croissant. Si tu fais les choses justes.
Tu as plusieurs vies. Les fantômes, les amix, l’hôtel des finances, le sous-sol, l’hiver. Elles ne concordent pas toutes. Tu aurais voulu autre chose. Tu as envie d’aimer des choses et qu’on te laisse les aimer.
Tu apprends à parler ta langue. On te dit ce n’est pas la tienne mais on ne sait pas très bien à qui elle appartient ou qui se l’est appropriée. Peut-être des aristos déchus qui écrivent des dictionnaires. Alors tu apprends à aimer le rap, certains livres pas trop tradi.
Tu apprends à peindre et on te dit que c’est bien mais que tu pourrais quand même faire des efforts sinon on ne va pas te remarquer. Mais on ne comprend pas très bien qui doit te remarquer. On te dit que c’est les aristos déchus même si on sait qu’ils ne viennent pas au vernissage.
Tu te réveilles à nouveau. Peu importe la saison. Tu as mal. Ce n’est pas très heureux. Tu ne le sais pas encore mais la semaine suivante, tu auras retrouvé un peu d’espoir. Mais pour l’instant, tu aurais envie qu’un cataclysme arrange les choses à ta place. Une catastrophe. Pas mauvaise, quelque chose qui chamboule tout et qui remanie la réalité de ses griffes en porcelaine et règle les problèmes d’un seul coup. Un événement qui libérerait tes fantômes.
Tu es sous la couette. Ton cerveau raconte des histoires. Il invente ton monde, le mêle à celui de tes rêves et convoque tes fantômes. Tu te sens bien. Tes amix t’aiment et tu le sais. Il y a toutefois des choses que tu devras garder pour toi et tu pourras les faire exister que de manière sporadique dans le temps du jour. Pour le moment, en attendant le cataclysme, tu endosseras deux mondes et garderas le secret de ton sous-sol, dans le noir, auquel tu auras toujours accès.

L. M. Cantori

À l’occasion de l’exposition Salon d’hiver de Ismaël Taha, Leah Nehmert, Elias Njima & Sina OberhänsliLe Labo, du 19.01 au 19.02.2023