En janvier, Cyril Porchet

Cheesecake

Du 21 janvier au 20 février 2021
Une exposition de Cyril Porchet présentée par Sébastien Leseigneur

Développement photo artisanale, bacs en inox, Christophe Guberan

Cheesecake*, s’inscrit dans la continuité des recherches expérimentales de Cyril Porchet sur papier photosensible démarrées lors de sa résidence à New York au Swiss Institut. Il imagine une nouvelle méthode artisanale de travail pour développer ses séries de photogrammes en couleur à son atelier transformé en chambre noire. Pour l’exposition au Labo, il élabore avec la collaboration du designer industriel lausannois Christophe Guberan, une machine de développement photo artisanale en partant de bacs en inox produits à l’origine pour l’industrie fromagère. Les nouveaux tirages développés sur cette chaîne de production seront exposés en avant première cet hiver.

“Dans ses travaux récents, Cyril Porchet revisite le rôle déterminant qu’il a accordé au baroque depuis ses débuts avec la photographie. Il l’emploie avec une fausse ingénuité pour rendre visible l’exubérance et les excès de la société spectaculaire. Il nous présente les résultats de ses récents protocoles de travail où il met de coté la prise de vue traditionnelle pour explorer des gestes : déformation, saturation, surexposition, décomposition (baroque vient du portugais « barroco » qui signifie «perle irrégulière»). Il les applique ici dans son atelier, toujours en circulant autour de ses sujets de prédilection qu’il traque au quatre coins du monde : l’ornement et le pouvoir en provenance des sphères religieuses, économiques, politiques ou encore médiatiques. Toutefois, cette exposition nous offre un nouveau regard plus chaotique, on se demande si Cyril Porchet n’a pas entamé la description perspicace de la marche lente et silencieuse de l’effondrement de la société moderne vers sa ruine. Non sans fantaisie, comme le montrent ces regroupements organiques de couleur cyan aux allures de jugement dernier.Des corps y évoluent comme une ondulation liquide, des accumulations abstraites ou des éparpillements chaotiques.

L’alchimiste Cyril Porchet expérimente librement dans son atelier avec des agrandisseurs argentiques et numériques pour projeter sur papier photo les copies des négatifs originaux de ses premières séries « Vertigo » et « Seduction ». Vient ensuite le développement (révélateur, bain d’arrêt et fixateur) qui constitue une étape active à l’apparition de ces images, puisqu’il l’expérimente lui même dans son labo. Non seulement l’artiste transforme et donne une seconde vie à ses prises de vues, mais il revisite aussi les protocoles de production d’une photographie argentique par une hybridation chimico-photono-numérico- sensible. Dès ses débuts le médium photographique contient une double orientation entre représentation et matérialité.

Les procédés techniques sont le moyen d’apparition de l’image mais aussi l’objet même d’une œuvre. La révolution numérique conduit les artistes, historiens et curateurs à se reposer des questions ontologiques de comment faire ou diffuser des images face à un nouvel univers de possibilités. Des questions légitimes, puisqu’elles permettent à l’artiste de se réapproprier sa chaîne de production. Chez Cyril Porchet les papiers sont préalablement malmenés, coupés, pliés, froissés jusqu’à obtenir des surfaces accidentelles révélées par l’image projetée ou par le laser. Ces rayons qui vous bruleraient la cornée sont projetés brutalement sur ces papiers altérés. Le hasard laisse apparaître d’étranges éclats ardents. Ces œuvres résistent au langage et souligne l’instabilité qui habite chaque objet d’art”. Sébastien Leseigneur

* L’exposition Cheesecake a reçu le soutien du Canton de Vaud.

Cyril Porchet (1984) est un photographe basé à Lausanne. Diplômé de l’ECAL à Lausanne (Suisse) et il est exposé dans différents musées et galeries, (entre autres à la Maison Européenne de la Photographie de Paris et au Museum für Gestaltung, à Zurich).